Salut, bande de rats !

 

Je poursuis le rendez-vous que j’ai trouvé chez juliet595, et inauguré par Ma Lecturothèque. Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes…

Je vous propose donc un bout de Mes sincères condoléances : mémoires incroyables d’un croque-mort : les plus belles perles d’enterrements, de Guillaume Bailly.

 

Avant-propos

    On me demande souvent à quoi s’attendre lorsqu’on rentre dans le métier. Si cela n’est pas une anecdote à proprement parler, tous les éléments mis en scène sont du domaine du vécu, exception faite des homicides, juste fantasmés…
Ça y est ! Fraîchement muni de votre certification Assistant funéraire, vous avez décroché le Graal, le sésame, le rêve de tout jeune diplômé sur le marché du travail : un CDI dans une entreprise de pompes funèbres. On est vendredi soir. Épuisé par votre première semaine, vous vous rendez à une soirée chez des amis…
Premier conseil : si vous voulez fuir les problèmes, taisez-vous ! Parce que, dès lors que vous aurez dit votre profession, vous allez vous faire coller par tout un tas de parasites qui n’auront qu’une idée en tête : passer une bonne soirée, au détriment de la vôtre.
Mais vous avez craqué. Avec deux verres de whisky hors d’âge à l’apéritif, vos défenses sont tombées, et la profession que vous vous étiez inventée, astrophysicien, n’a pas tenu face à votre voisin, agrégé de maths, qui tenait absolument à discuter avec vous des applications de la théorie quantique sur les variations orbitales saisonnières des satellites de joviens. Vous l’avez confessé, vous avez menti, vous êtes croque-mort. Première erreur : vos interlocuteurs pensent alors que, soit vous n’assumez pas votre métier, soit vous faites des choses trop horribles pour en parler.

    Préparez-vous moralement : il y aura toujours quelqu’un – et généralement, c’est une femme – qui va littéralement hurler « Un croque-mort ? Pour de vrai ? Comme dans Six Feet Under ? Il est trop beau, Peter Krause ! » Voilà votre emploi du temps pour l’heure qui suit fixé : écouter patiemment le résumé de tous ses épisodes préférés, une longue litanie de lieux communs totalement aberrants sur la profession, et devoir expliquer, de temps en temps que non, on ne fait pas ça, ou on ne le fait pas comme ça. Si vous n’avez pas vu Six Feet Under, ou pire, si vous n’aimez pas Six Feet Under, vous aurez l’impression de passer devant le tribunal de l’Inquisition. Un croque-mort qui n’aime pas Six Feet Under verra ses compétences mises en doute par le fan de la série, qui ne songera pas que, finalement, ce n’est qu’un vulgaire feuilleton plus ou moins bien documenté.
Lors d’une pause cigarette à l’extérieur – la maîtresse de maison est stricte sur ce point –, vous vous êtes débarrassé de la fan de Six Feet Under. Vous verrez plus tard ce que vous ferez du corps.
Mais vous n’êtes pas sorti d’affaire pour autant. Il y en a bien un qui va se lancer. Ça y est, il se lance : « Mais tu dois avoir plein d’histoires à raconter ? » Oui, plein, et ça fait seulement une semaine que vous travaillez. Pendant que vous réfléchissez, la maîtresse de maison a apporté un rôti qui a l’air succulent, son époux une platée de galettes de pommes de terre maison, et, durant le service on vous questionne : « Comment ça se passe, l’embaumement ? »
Vous êtes lancé. Vous commencez par plaisanter sur le fait que, pour se faire embaumer, il faudrait une machine à remonter dans le temps, ce qui n’est pas tout à fait exact, mais le vin était bon et vous vous sentez d’humeur à jouer sur les mots. Puis vous vous lancez sur le détail des soins de thanatopraxie. Tout en découpant votre viande, vraiment délicieuse, parfaitement cuite et fondante, vous expliquez comment le thanatopracteur introduit son fluide par l’artère ; en sauçant, vous mimez l’utilisation du trocart ; puis en achevant vos patates, qui manquent peut-être un peu de sel, vous dissertez sur les mérites de la ligature de bouche par rapport à la colle.

    Lorsque vous avez fini votre assiette, vous glissez un œil pour voir s’il reste du rôti. Non seulement il en reste beaucoup, mais vous vous apercevez, un peu médusé, que les autres convives n’ont même pas touché à leur assiette. Ils ne savent pas ce qui est bon : trop de malbouffe, sans doute.

41-w544v-j0h-l

Publicités

13 réflexions sur “Premières lignes : Mes sincères condoléances : mémoires incroyables d’un croque-mort : Les plus belles perles d’enterrements

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s