Salut, bande de rats !

Je poursuis le rendez-vous que j’ai trouvé chez juliet595, et inauguré par Ma Lecturothèque. Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes…

Je vous propose donc un bout de Le chœur des femmes, de Martin Winckler.

 

Qu’est-ce qu’on m’avait raconté, déjà ?
J’ai du mal à m’en souvenir parce que ça m’avait semblé incroyable, alors, et ça me semble risible aujourd’hui…
Ah, oui.
Que j’allais souffrir. Parce qu’il voulait toujours avoir le dernier mot. Que si je lui tenais tête, il m’écraserait. Que si au contraire je faisais mine de m’intéresser à ce qu’il raconte, il allait m’assommer, tant il s’écoutait parler. Que tout plein de femmes – infirmières, externes, internes –étaient passées dans son lit, un jour ou l’autre. Que beaucoup de patientes – les plus baisables, évidemment ! – y passaient elles aussi… et qu’il n’avait rien contre les garçons ! Qu’avec – ou peut-être grâce à – ma belle gueule, il essaierait sûrement de me coller dans son lit. Et que si par bonheur je ne l’intéressais pas, il me ferait une vie impossible. Bref : qu’il était insupportable.
Et aussi :
Qu’il n’arrêtait pas de donner des leçons à tout le monde. Qu’il disait du mal des confrères. Qu’il professait des idées insensées. Qu’il pratiquait des gestes dangereux et totalement irréfléchis. Qu’il prenait des risques et en faisait prendre aux malades. Qu’il était très copain avec Sachs, un autre généraliste agité du bocal qui pompait l’air des gynécos au CHU, et qui avait bossé à l’unité 77 avec lui pendant des années avant de partir se geler les miches au Québec (bon débarras !). Qu’ils avaient écrit ensemble un bouquin sur la relation médecin-malade, et qu’il en avait pondu ensuite un autre sur la contraception dont les canards féminins avaient vaguement parlé – évidemment, ces journalistes, dès qu’on les caresse dans le sens du poil…
Bref : qu’il ne se prenait pas pour de la merde, mais qu’il emmerdait le monde.
Et enfin : qu’il était secret et bavard, direct et sournois, agressif et mielleux. En un mot : imprévisible. Et versatile, en plus. Et que, dans les couloirs du CHU, on le surnommait Barbe-Bleue. Parce qu’en plus de jouer encore les séducteurs à la cinquantaine passée, il arborait une barbe pas toujours bien taillée et il était toujours prêt à bouffer ceux qui lui parlaient.

Tout ça m’avait fait rire jaune car, à vrai dire, je m’en foutais. Ce n’était pas mon problème. Mon problème, c’est que le doyen m’avait imposé de passer les six derniers mois de ma cinquième année d’internat – mon « allée d’honneur », avait-il ajouté avec un grand sourire censé me réconforter – dans la section de ce type, sous sa responsabilité, et ça me mettait hors de moi.

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4 réflexions sur “Premières lignes : Le chœur des femmes

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