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Auteur : David Graeber
Éditeur : Les Liens qui Libèrent
Parution : 2018

Résumé de l’éditeur : David Graeber revient après cinq ans d’enquête pour analyser la notion de Bullshit job  ou « Job à la con », née sous sa plume et qui a fait le tour du monde. Il postule que la société moderne repose sur l’aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau qui sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et sans réel intérêt, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société.

Avant de commencer, je tiens à remercier Les Liens qui Libèrent, ainsi que l’agence Anne et Arnaud, pour ce service-presse.

Tu veux un essai économico-anthropologique marrant mais déprimant, déprimant mais marrant ? Essaye celui-là.
David Graeber, figure du mouvement Occupy Wall Street, te parle donc des jobs à la con, à ne pas confondre avec les jobs de merde qui, eux, sont éprouvants, très mal payés et te valent le mépris du public et de tes supérieurs. Néanmoins, ceux-là ont souvent une valeur sociale ; c’est le cas pour la mise en rayon ou le nettoyage des locaux. Ce sont les métiers du care, (ou du soin, en français), sans eux, ce serait le chaos. Afin d’illustrer son propos, l’auteur compare deux grèves : celle des banques irlandaises, et la grève des éboueurs de New York. Six mois sans banques, ça n’aura rien changé, mais sans éboueurs, c’est vite devenu invivable. Ils auront eu gain de cause au bout de dix jours.
Et donc, qu’est-ce qu’un job à la con ? Un emploi bien, voire très bien payé (avocat d’affaires, consultant RH,…), dans lequel tu ne vois ni but ni intérêt, au point que ça peut te rendre dingue. Bien souvent, tu as conscience du problème, alors tu vas mal : syndrome de l’imposteur, culpabilité, ennui… Parfois, tu arrives à faire autre chose qu’attendre sur ta chaise qu’un truc se passe, comme militer ou chercher un remède contre une grave maladie, mais bien souvent, ton job engendre une torpeur mentale qui t’empêchera de faire autre chose que compter les heures.
Loin d’être une planque te permettant de t’accomplir dans ce qui te botte vraiment, le job à la con t’use nerveusement, te détruit dans tes fondements : l’humain, pour se sentir exister, a besoin d’agir sur le monde, d’y laisser une empreinte aussi infime soit-elle qui lui prouvera qu’il a changé grâce à lui. Ce qui, avec ce genre d’emploi, est juste impossible.

Tu vas me dire : mais comment on en est arrivés là ? Eh bien selon l’auteur, notre système se calque en partie sur celui de l’URSS, lorsqu’il fallait créer des emplois pour nourrir tout le monde. Dans notre système, où la pauvreté est bien utile pour imposer des conditions honteuses, ces jobs à la con servent à occuper chaque citoyen, car les gens libres de leur temps font peur : ils pourraient se regrouper, fomenter des révoltes, et ça, la bourgeoisie le redoute plus que tout.
Entre deux traits d’humour venant alléger le texte (je me rappellerai toujours de cette hypothèse de patron jouant à World of warcraft sur ses heures de bureau), tu apprendras des choses plus graves qui ne te surprendront pas, comme l’origine du contrôle total des employés et du minutage : ces techniques ont été mises au point dans les plantations et sur les navires marchands. Quant au travail tel qu’on nous l’impose, il découlerait du christianisme : les travailleurs de base ne doivent recevoir que le strict nécessaire pour survivre en échange de leur force de travail, et les tâches les plus nobles ne doivent pas être payées, d’où le traitement réservé aux artistes et à tout job ayant une valeur sociale.

Alors, que nous propose l’auteur pour sortir de ce système, et donc, des jobs à la con ?
Le revenu de base universel.
Loin de favoriser l’oisiveté, car il est prouvé que l’humain est fait pour travailler (en prison, un détenu préfèrera faire la plonge que rester devant la télé), il serait aussi gage de liberté. L’employé pouvant aller voir ailleurs sans se préoccuper de l’argent, les patrons se verraient forcés de les respecter s’ils veulent que leurs boîtes tournent correctement. Cette relation sado-maso asexualisée, présente dans toute hiérarchie verticale selon l’auteur, cesserait. Comme dans un rapport SM, il suffirait à l’employé de dire « orange » à son patron, et le calvaire s’arrêterait.

Un essai à découvrir si les notions de jobs à la con, de valeur-travail, t’interpellent.

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4 réflexions sur “BULLSHIT JOBS

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